Dans ce billet, j’adresse les interventions possibles à mettre en place par les enseignants, les éducateurs, ou les éducateurs spécialisés auprès des enfants bilingues, biculturels, ou allophones. Je parle ici des enfants qui se développent typiquement par rapport à leur langage, mais qui sont souvent à risque de suridentification par rapport à un trouble du langage en âge scolaire, et de sous identification pour un trouble du langage en âge préscolaire. 

C’est quoi LA suridentification?

C’est lorsque les enfants allophones sont trop référés pour des soupçons de difficultés langagières, mais qu’en réalité, ils sont encore en acquisition de la langue seconde.

Chez les enfants plus vieux en acquisition de langue seconde, les adultes auront tendance à signaler des difficultés sur le plan académique et de les référer tout de suite en orthophonie. Il peut, en effet, y avoir des difficultés scolaires qui ressortent car certains éléments langagiers prennent de nombreuses années à se développer pour le niveau exigé sur le plan scolaire. Ceci fait en sorte, qu’UN enfant encore en développement de sa langue seconde, ou qui manque d’exposition à la langue seconde, pourrait sembler présenter des difficultés sur ce plan. Mais dans plusieurs des cas, il n’est simplement pas encore rendu au même niveau de langage cognitivo-académique de ses pairs qui ont une exposition plus longue à la langue en question. Tu peux consulter le billet que j’ai écrit au sujet des définitions et de la distinction entre le langage socio-pragmatique et le langage cognitivo-académique.

Il est donc très important de considérer non-seulement la performance académique, mais les habiletés fonctionnelles dans plusieurs contextes variés chez l’enfant avant de s’avancer sur la possibilité de difficultés langagières pathologiques (le trouble développemental du langage).

Par exemple:

  • Comment l’enfant comprend et/ou communique avec sa famille (parents, fratrie)?
  • Comment l’enfant comprend et/ou communique avec les autres personnes de la même culture/origine (famille, amis, médecin, etc)?
  • Comment l’enfant comprend et/ou communique avec ses pairs?
  • Tenir compte du ressenti des parents dans la langue maternelle.
  • Mieux comprendre les forces et/ou les enjeux à la maison, dans les activités parascolaires, à l’école autre que sa performance académique, pendant les sorties familiales,
  • Et bien plus.

En sens contraire, les plus jeunes enfants sont à risque de sous-identification pour des difficultés langagières par les éducateurs, les médecins, ou encore les parents car de nombreux mythes perdurent encore. Un de ces mythes tenaces est celui que l’enfant qui est exposé à plus d’une langue parle plus tardivement, ou encore celui d’attendre que l’enfant ait trois ans avant de consulter, ou encore que l’enfant doit être mélangé en raison des langues auxquelles il est exposé. Tu peux aussi consulter mon billet sur les mythes et réalités de l’enfant bilingue.

Bref, nous savons que pour ces enfants, il y a tellement de facteurs à considérer pour bien comprendre la diversité qui se retrouve dans l’acquisition de la langue seconde, ça aussi j’en parle en long et en large dans des billets précédents. Mais après qu’est-ce qu’on fait avec ces informations? Une fois que nous avons une idée de l’influence des facteurs variés, on peut mettre plusieurs moyens en place pour soutenir les enfants allophones. Et je parle toujours des enfants qui se développent typiquement sur le plan langagier.

De façon générale, ils nous faut les ingrédients pour une recette gagnante :

MOTIVATION, MOYENS, et OCCASIONS!

Motivation : Dans certains cas, l’enfant ou la famille peut ressentir ce qu’on appelle de l’insécurité linguistique si, par exemple, la langue parlée à la maison est une langue minoritaire et qu’il ne maîtrisent pas ou peu la langue de la communauté. L’insécurité linguistique fait surface surtout lorsque la maîtrise de la langue en question n’est pas suffisante ou si l’on a un sentiment d’incertitude envers l’usage de la langue. Ceci peut démotiver l’enfant et la famille à se servir de la langue majoritaire, le français dans notre cas, ou de la langue minoritaire si elle n’est pas acceptée dans la communauté. Si l’enfant se sent insécure, invalidé, ou se fait moquer de lui par rapport à des erreurs d’usage de la langue française, sa motivation se perdra bien sûr. Et en revanche, il se servira plutôt de la langue dans laquelle il est à l’aise. La motivation est autant importante pour le maintien de la langue maison, que la pratique de la langue seconde.

Il faut donc chercher à valoriser toutes les langues. On peut valoriser toutes les langues au sein de la classe à l’école et à la garderie. Intégrer la diversité linguistique dans certaines routines ou activités (saluer dans toute les langue, demander à chaque enfant comment on dit X dans sa langue

Moyens : Il faut également avoir un système en place et tout doit se faire dans le plaisir! Peu importe l’apprentissage, il nous faut un plan, quelque chose de systématique et bien établi permettant une quantité suffisante et des opportunités de qualité nombreuses de pratiquer la langue en question. Ce système doit inclure : QUI parle quelle langue à l’enfant et À QUEL MOMENT chaque langue est utilisée. On peut en discuter avec le parent, pour s’assurer des moyens qui permettent le maintien de la langue maison ainsi que le développement de la langue majoritaire.

Pour les enseignants et les éducateurs, il y a également des moyens de soutien qu’on peut mettre en place lorsque l’enfant est dans les stades précoces d’acquisition de langue seconde comme l’usage de supports visuels ou de gestes, la simplification du vocabulaire (par exemple on fournit un synonyme), la reformulation d’une phrase ou d’une consigne plus courte et plus simple), et la répétition parmis plusieurs autres.

Occasions : Une fois que les adultes, autant les parents que les enseignants, démontrent une attitude positive face aux langues, et que les moyens sont déterminés, ensuite les occasions en découlent. Celles-ci doivent être constantes et systématiques. On pourrait par exemple, choisir d’inclure la langue scolaire à l’extérieur de l’école pour augmenter la motivation de l’enfant à se servir de sa nouvelle langue dans un autre contexte, comme en l’inscrivant à une activité sportive.

On ne peut pas avoir de contrôle sur ce que fait l’enfant, sur la langue qu’il préfère, sur la langue dans laquelle il choisit de jouer ou d’interagir avec ses pairs, mais si on évite de dévaloriser l’usage de sa langue maison et qu’on adopte plutôt une approche d’ouverture face à la diversité linguistique et culturelle, l’enfant se sentira entendu, accepté, et valorisé.

Tout cela requiert une complicité et un travail d’équipe entre toi et les parents. De plus, la création du lien de confiance entre l’adulte et l’enfant découle de cette inclusivité et ouverture.

Si tu es éducateur ou enseignant, INFORME-TOI auprès des familles. Prends le temps d’en apprendre plus sur leurs origines familiales, la langue parlée à la maison et à l’enfant. Finalement, n’oublie-pas pas qu’il faut maintenir UNE ATTITUDE POSITIVE FACE À CHAQUE LANGUE. Si cela devient comme une corvée, l’enfant n’aura pas l’envie d’apprendre.

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