Peut-être que comme des milliers de familles, vous vous posez plusieurs questions quant à la langue d’usage à la maison et de scolarisation. Comment aider votre enfant en contexte de bilinguisme? Comment faire si vous parlez une langue autre que la langue d’usage de votre région?

Plusieurs enfants et familles comprennent très bien la réalité de vivre dans deux mondes : le monde de la langue maison et le monde du français.

Ici au Québec, il y a plusieurs familles (foyers) dans lesquelles le français et une autre langue sont utilisés. Parfois, cette réalité est une nécessité, car la langue dominante des parents est une langue autre que la langue majoritaire. Dans ce cas, l’enfant apprend une langue à la maison et une autre à l’école ou en milieu de garde. Mais, le bilinguisme est aussi un choix calculé et les parents choisissent d’exposer leur enfant à une deuxième langue, même si eux ne la maîtrisent pas. Et pourquoi? Car les avantages du bilinguisme sont nombreux.  

 

PODCAST

Lorianne, orthophoniste, m’invite sur son podcast pour parler de bilinguisme et déconstruire les mythes.

Pour l’écouter, par ici!

Pour clarifier un peu la terminologie avant de se lancer dans les avantages et les mythes.

Lorsque nous parlons de langue majoritaire, celle-ci se définit par la langue qui est parlée par la communauté, en d’autres mots, la langue officielle du pays. La langue dominante elle, est la langue la mieux maîtrisée, et dans laquelle la personne se sent le plus à l’aise à communiquer.

Bref, pour des raisons qui varient énormément d’une famille à l’autre, les parents se questionnent sur le choix de la langue d’usage pour leurs enfants et des comportements à adopter dans diverses situations. Alors voici quelques questions et réponses sur le sujet qui sont basées sur la littérature scientifique.

Est-ce que l’enfant qui apprend plus qu’une langue est confus?

Non.

Le bilinguisme est un travail complexe, mais voici quelques faits pour vous aider à mieux comprendre comment ça se passe, et défaire ce mythe :

  • Les enfants distinguent la langue maternelle dès la grossesse dans le ventre de la mère;
  • Ils peuvent discriminer les mots de différentes langues quelques mois après la naissance;
  • Ils vont commencer à acquérir les règles grammaticales de chaque langue vers 2 ans s’ils sont exposés aux deux langues dès la naissance avec suffisamment de fréquence;
  • Individuellement, chaque langue peut sembler se développer lentement en bas âge. C’est normal, car l’enfant apprend plus d’une langue et doit avoir suffisamment d’exposition à chacune. L’enfant a besoin de pratique et de beaucoup d’expositions de qualité avant de bien maîtriser chacune des langues;
  • Mélanger deux mots dans une phrase « code-switching » n’est pas signe de confusion; votre enfant a besoin de temps pour consolider son acquisition des règles du vocabulaire dans chaque langue, et du vocabulaire;
  • Il est souvent fréquent pour les adultes de mélanger deux langues, et votre enfant reprend ce qu’il entend et ce qu’il voit.

Est-ce qu’apprendre plus d’une langue peut causer un retard ou des difficultés dans le développement du langage?

Non. 

  • Un enfant ayant des difficultés réelles de la communication présentera ces difficultés dans les deux langues;
  • Chaque enfant bilingue se développe à son propre rythme, et ce, en fonction de la quantité et la qualité d’exposition à chaque langue;
  • L’enfant bilingue devrait acquérir son langage au même rythme qu’un enfant monolingue. Il devrait alors produire ses premiers mots entre 12 et 16 mois, ses premières combinaisons de mots autour de 18-24 mois, et ses premières phrases autour de 30-36 mois. Tout comme un enfant monolingue;
  • L’enfant qui est exposé à plus d’une langue n’est pas à l’abri de développer des difficultés langagières, mais l’exposition aux langues n’en est pas la cause;

Est-ce que l’enfant qui présente déjà des difficultés de communication peut apprendre plus d’une langue?

 Oui.

  • Apprendre à parler deux langues ne va pas aggraver les difficultés déjà présentes;
  • Être bilingue peut AIDER l’enfant ayant un trouble de communication en lui fournissant des ressources dans une autre langue pour faciliter la communication;
  • L’enfant qui présente des difficultés de développement du langage met déjà plus de temps à acquérir son langage qu’un enfant qui se développe typiquement sur le plan de la communication;
  • La quantité d’exposition à chaque langue est importante pour son développement et sa maîtrise de celle-ci. Le pourcentage recommandé d’exposition à chaque langue au quotidien est d’au moins de 40 %.

Est-ce que je devrais retirer une langue pour faciliter l’apprentissage de la langue majoritaire?

  • L’enfant est capable d’apprendre plus d’une langue simultanément sans exigence particulière. Le cerveau de l’enfant n’additionne pas une langue sur une autre avec une limite sur la quantité d’information langagière. Il fonctionne d’une manière beaucoup plus complexe et peut facilement gérer deux ou même plusieurs langues simultanément;
  • Enlever une langue ne changera pas les habiletés langagières de l’enfant;
  • La qualité des langues auxquelles l’enfant est exposé est importante. Si le parent ne maîtrise pas la langue communautaire, il risque de fournir des modèles langagiers de moins bonne qualité à l’enfant;
  • Enlever une langue peut entraîner certains impacts négatifs si celle-ci est la langue maison. Retirer la langue dominante des parents, si celle-ci n’est pas la même que la langue majoritaire peut :
    • Limiter l’enfant a seulement une langue pour communiquer, lorsqu’auparavant l’enfant pouvait en utiliser les deux;
    • Réduire la qualité et la capacité de l’enfant à communiquer avec sa communauté, sa famille et ses amis;
    • Nuire à l’estime de soi et à l’attachement avec sa famille, car les parents qui ne maîtrisent pas la langue majoritaire ne pourront pas communiquer de la même manière dans la langue de la communauté;
    • Diminuer les opportunités d’emplois et d’éducation.
    • Réduire la fréquence des modèles de langage.

Il est donc important de comprendre que la langue aide à créer l’identité, à socialiser, à créer des amitiés et à exprimer ses idées et ses sentiments. La langue se relie avec un sens d’appartenance culturel et communautaire. Il est important de cultiver une atmosphère positive autour de la langue et de ne pas forcer un enfant à parler une langue ou une autre.

Est-ce que la stratégie « un parent – une langue » est la bonne à adopter?

Non!

  • Des études menées ont démontré que les parents ne sont pas en mesure de mettre en pratique cette stratégie. Mais pourquoi? Car ça ne reflète pas nos comportements naturels. Spontanément, nous adoptons nous-mêmes ce qu’on appelle le « code-switching » en anglais (mélanger deux langues à la fois), et ce, pour plusieurs raisons.
  • Le « code-switching » peut se manifester sous deux formes : deux langues mélangées à l’intérieur d’un énoncé (ex : Wow regarde la vitesse de l’auto de course. C’est complètement wild!), ou, une phrase dans une langue, suivie d’une autre phrase dans une deuxième langue (Allez les enfants c’est le temps de partir. Let’s go!).
  • Une des raisons pour lesquelles nous employons le « code-switching » c’est pour des raisons pragmatiques, en d’autres mots, pour mettre l’emphase sur un mot comme dans l’exemple. On le fait aussi pour remplir des blancs, ou encore pour suivre les normes de la société. Les efforts de s’en tenir à « un parent – une langue » reflètent la croyance que l’enfant sera mélangé si nous employons deux langues, et ainsi, reflète une mentalité « monolingue ». Dans les faits, il n’y a pas de littérature scientifique qui appuie cette stratégie.

De plus, de nombreux avantages reliés au bilinguisme sont documentés dans la littérature tels que :

  • De servir de facteur de protection du cerveau vieillissant;
  • De permettre une meilleure résolution de problème en raison de meilleures fonctions exécutives et d’une meilleure conscience métalinguistique;
  • De permettre de meilleures possibilités d’emploi plus tard;
  • Et de permettre des avantages salariaux.

Si toutefois vous avez des inquiétudes quant au développement langagier de votre enfant, il est prudent de faire une consultation en orthophonie.

Ressources :

Pour plus d’informations rendez-vous sur le balado de Chantal Mayer-Crittenden, une orthophoniste qui s’intéresse au bilinguisme:

https://www.theparlepodcast.com/parleacute-en-balado.html

Sur le blogue d’Aodrenn Guyodo, qui écrasent aussi les mythes sur le bilinguisme :

http://1bulle2langues.com/category/bilinguisme/

Conférence sur le cerveau et le bilinguisme présenté par Christophe Pallier, neurolinguiste au Neurospin à CEA, en mars 2021:

PODCAST DE LORIANNE

Je vous invite également à consulter le Podcast de Lorianne Lacerte sur Google Podcast, Apple Podcast et Spotify.

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